L’évolution d’une chanson à travers un an de cours de chant

Au sein de l’association Vanikoro à La Valette du Var, en plus de théâtre,  pour la saison 2012-2013, je me suis inscrit à un cours de chant dispensé par Magali Dieux. C’est une des actrices du théâtre qui m’a alléché en me disant que les cours de Magali Dieux étaient vraiment exceptionnels et très axés sur le corporel et l’émotion. C’est ainsi que je me suis lancé dans cette aventure débouchant sur une représentation acapella… et j’étais bien loin d’imaginer à quel point, en effet, ces cours étaient exceptionnels…

chant

Magali Dieux est un professeur de chant. Elle a été, entre autres, coach sur l’émission Star Academy 7. Elle est la pionnière de « Naître enchantés » qui est un ensemble de techniques qui agissent au niveau corporel, moral et mental et développant le lien mère/père/enfant. Chaque contraction est accompagnée d’un son de la mère et du père et grâce à des exercices, la future maman va ainsi acquérir une souplesse physique et une certaine force.

J’ai ainsi fait connaissance avec Magali Dieux le 13 octobre 2012 pour un premier cours de chant de 3 heures. Dès le début, les choses sont claires, ce qui l’intéresse avant tout c’est ce qu’il y a en nous et ce qu’elle peut en faire sortir. Comme les autres, je dois choisir une seule et unique chanson à travailler chaque mois, une chanson qui nous « parle » et qui sera interprétée en fin d’année acapella et sans micro. J’ai ainsi choisi « Avoir une fille » interprétée par El Chato dans la comédie musicale Roméo et Juliette.

Lorsque je chante la première fois devant le groupe, bien évidemment le trac au ventre, il y a peu d’émotion qui sort. Cependant, première remarque de Magali : « ne joue pas un rôle, soit« . Quelque part le  » je pense (trop) donc je suis » ne fonctionne pas.  Apparement, j’utilise mon côté acteur pour essayer de transmettre quelque chose lors de mon interprétation. Le résultat final sera totalement différent en fin de saison.

Les cours s’articulent en plusieurs étapes. Tout d’abord une introduction où l’on est tous assis en cercle et où chacun s’exprime sur le mois passé et ce qui a pu se passer de plus ou moins important par rapport au cours. Au fil des mois, j’ai été très surpris de l’ouverture et de la confiance de chacun. Chaque cours apportait quelque chose de « thérapeutique » si j’ose dire, suivant les chansons choisis et le parcours dans chacune d’elle.

Après cette introduction, pendant quelques dizaines de minutes, Magali Dieux nous mettait des musiques sur lesquels nous devions répondre avec le corps. Non pas danser, mais bouger comme on le sentait, émettre des sons si on le souhaitait. Pas évident au début, car je n’osais pas me lacher, mais au fil du temps, les choses viennent de plus en plus avec ou sans bandeau sur les yeux.

Ensuite, nous passions au chant. Chacun notre tour, nous chantions notre chanson une première fois, puis plusieurs autres fois en essayant des choses en dialoguant avec Magali et les autres participants. En ce qui me concerne, par exemple, voici ce que ça pouvait donner. Je chante une première fois la chanson en entier, histoire que tout le monde prenne conscience des paroles et du sens de la chanson. C’est ensuite que cela devient très intéressant. Tout d’abord, Magali Dieux nous demande ce qu’on recherche. Pour moi, c’est essayer de sortir l’émotion… bon c’est plutôt vague c’est vrai… et au fil du temps, n’oublions pas que tout se fait acapella, la chanson et notre façon de la chanter évolue.

Le déclic est arrivée en début d’année 2013. Lors d’un cours, Magali me demande de me bander les yeux. Tout le monde m’entoure et je dois dire les paroles, et non les chanter. Je dois couper les phrases à n’importe quel endroit, déchirer la chanson en quelque sorte, le tout en étant poussé de part et d’autres par les autres membres. Et le résultat est surprenant. Ce balancement, cette résistance, ces coupures dans les phrases changent tout et donnent un relief tout à fait différent à la chanson. Ensuite, on me fait asseoir par terre, tout le monde autour de moi, toujours les yeux bandés et là, je dois chanter en gardant les sensations, émotions de ce que j’avais ressentis lors de la « version parlée » et en n’hésitant pas à mettre des césures dans les paroles, dans la mélodie. Dès les premiers mots, je sens que rien n’est pareil. Une réelle émotion est présente et monte tellement que très vite, elle s’entend dans ma gorge et sous mon bandeau, mes yeux s’embuent… et là je bloque ! Je sens l’émotion me submerger et voilà que je l’efface en me remettant à penser au lieu d’être.
Après ces exercices, c’est l’heure d’en discuter. Et lorsque je dis à Magali Dieux que j’ai senti la larme arriver et que j’ai tout bloquer… je me suis presque fait engueuler (j’exagère). « C’est ce que je voulais« . L’objectif était en effet que je laisse mon émotion me submerger, que j’en retienne les sensations afin de les réutiliser lors de la représentation de fin d’année. Et on peut dire que ça a marché. Ce cours-là a été le moment clé qui m’a fait basculer sur une autre façon d’interpréter ma chanson.

Après quelques cours, Magali Dieux nous a demandé de définir  les pourquoi et comment du choix de notre chanson, comment arriver à bien l’interpréter, etc…, selon 4 thèmes, 4 facettes de nous qui devront apparaitre dans la chanson. Nous en avons discuté tous ensemble ensuite, vu ce qui allait ou pas et en ce qui concerne ma chanson, voici ce que ça donne :

– La situation dans la chanson : Avoir une fille (dans le sens de « posséder une fille de manière fusionnelle, fière).
– Objectif (quelle envie ais-je que le public ressente sur ma chanson) : la dépossession.
– Moyen (quel moyen vais-je utiliser pour atteindre mon objectif) : l’ouverture à l’amour.
– Public cible : le gendre idéal.
Et à partir du moment où ces 4 thèmes ont été fixés, il fallait bien évidemment les mettre en pratique. Ils devaient tous les 4 apparaitre dans la chanson, peu importe l’ordre.
Le samedi 25 mai 2013, chemise et cravate à poste, comme le souhaitait Magali Dieux, j’étais fin prêt. L’interprétation acapella  m’a permis d’ajouter de l’intensité, du relief grâce à des coupures, des accélérations, bref, toutes ces choses qu’il n’est pas possible d’utiliser lorsqu’on doit suivre une musique, son rythme et son tempo.
En ce qui me concerne, Magali Dieux m’a proposé de chanter à ma table, debout. C’est ainsi que le micro à la main j’ai attaqué la chanson, tout d’abord comme un gros murmure « confidence » pendant lequel je m’adressais à moi-même dans l’esprit de « posséder une fille de manière fusionnelle, fière. Puis le ton est monté avec le sentiment de dépossession et une sorte de haine envers les hommes. Plus avant dans la chanson, je me « calme » et m’ouvre à l’amour, accepte que ma fille ne soit pas qu’à moi pour enfin finir d’un air plus complice avec le public, enfin surtout le côté « gendre idéal » du public.
J’ai été très content de ma prestation. J’ai bien capté le public, et lorsque plus tard dans la soirée on est venu me dire « dis-donc, ta fille va finir au couvent« , ou encore « je vais éviter que mon fils rencontre ta fille plus tard ! », bien sur le tout sur le ton de l’humour, j’étais plutôt content, car cela m’a prouvé que j’avais réussi « mon coup ». Le débriefing lors du dernier cours de chant a confirmé cela.
Seul « point noir » pour moi, pas de photo (cause contre jour), pas de vidéo (la batterie vide au moment de ma chanson…) mais c’est pas grave… je vais trouver quelque chose pour vous bientôt 😉
Une bonne année donc. Pas évident du tout de décrire ces cours, car il faut les vivre pleinement pour bien en comprendre les rouages. Ceci dit ils sont exceptionnels, enrichissants et même thérapeutiques d’une certaine façon. Les liens et la confiance entre chaque participants se resserrent au fil du temps. De grands moments vécus cette saison 2012-2013 et je re-signe déjà pour la prochaine saison.

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