Trois côtes cassées et un poumon percé pour un Plan Blanc

Le jeudi 25 octobre 2012, un exercice Plan Blanc s’est déroulé au Centre Hospitalier de Hyères, dans le Var. A cette occasion, on m’a demandé si j’acceptais d’y jouer le rôle d’un blessé. Voilà une expérience d’acteur intéressante que je  n’ai pas pu refuser.

planblanc

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un Plan Blanc me direz-vous ? Le Plan Blanc est un dispositif de situation de crise que possède tout établissement de santé. L’objectif est qu’un hôpital soit capable dans des délais très courts de mobiliser moyens et personnels afin de pallier à un afflux massif de victimes d’un événement exceptionnel (crash d’avion, explosion d’immeuble, séisme, etc…).

L’objectif de l’exercice Plan Blanc du Centre Hospitalier de Hyères était de tester tous les rouages devant être mis en action et d’en relever les dysfonctionnements afin de pallier justement à ces dysfonctionnements en cas de réel Plan Blanc. C’est dans ce cadre là qu’on m’a contacté un mois avant,  afin de me demander si j’étais d’accord pour jouer le rôle d’un blessé pour cet exercice et pour les besoins d’un reportage interne. J’ai bien évidemment accepté avec l’obligation de ne pas dévoiler le jour de l’exercice. La surprise devait être totale, malheureusement, il y a eu des fuites, et une partie du personnel s’attendait à cet exercice pour la date prévue… restait à savoir l’heure aussi…

Le scénario global de l’exercice s’appuyait sur une explosion dans un immeuble de la ville de Hyères en fin d’après-midi avec un déclenchement du Plan Blanc à 16h30 par le SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation). S’en suit un afflux de blessés et de familles, soit par ambulances, soit à pieds, soit en voiture personnel.

En ce qui me concerne, j’étais un blessé avec douleurs costales, autrement dit, des côtes cassées, mais je devais ensuite déclencher, après ma prise en charge, une perforation du poumon.  L’objectif étant, dans un premier temps, d’être pris en charge dans « l’hôpital de campagne » orienté Urgences relatives puis de mettre un peu la « panique » et d’être orienté vers les Urgences absolues, autrement dit, vitales. Par ailleurs, je devais arriver en voiture et tout faire pour ne pas garer ma voiture dans le parking public.

Voilà, le scénario est planté… Avant d’entrer en scène, deux maquilleuses se sont attelées à nous « abîmer ». Pour moi, ce fut un peu de cire retravaillée au niveau des côtes, de la couleurs et une bonne « patte » pour vraiment donner l’impression d’avoir un gros hématome (voir les photos dans l’article : photo longue : mes côtes cassées, photo carrée : blessure à l’oreille d’une comédienne).

Après de multiples départs de l’ambulance avec divers blessés, à 18h20 j’entre en scène. Je m’étais un peu préparé la veille sur la façon dont je devais respirer avec des côtes cassées. J’arrive aux barrières de l’hôpital avec ma voiture on me laisse entrer jusqu’au prochain point de contrôle où l’on me demande d’aller garer ma voiture sur le parking. Devant mon refus et ma douleur, le médecin « trieur » fait récupérer mes clés et fait garer mon véhicule. Première mission accomplie.

Un brancardier m’emmène dans la partie « Consultations Externes » où sont centralisées les Urgences relatives. Je suis tout de suite pris en charge par un médecin et installé sur un brancard.  La respiration haletante, les yeux un peu hagards, je réponds presque inconsciemment aux questions que me pose le personnel soignant. Le médecin coordonnateur me fait envoyer en radiologie en urgence. Le médecin et deux soignants (infirmière et aide soignante) m’installent alors sur un brancard et deux brancardiers me montent en radiologie. Là, on m’accueille sur un ton « ironique » par rapport à mon âge… je jouais le rôle d’un « Rodolphe » né le 31 décembre 1978… 13 ans de rajeunissement pour moi ^^ On simule mes radios du thorax : 3 côtes cassées. Devant l’impossibilité de joindre les brancardiers pour me redescendre, le médecin me ramène dans la salle des urgences relatives. Dans l’ascenseur, il me dit :

-« Tu peux arrêter de respirer comme ça… On est que tous les deux ! »

Je ne lui réponds pas et continue à jouer mon rôle, les yeux agards tournés vers le plafond.

De retour dans la zone des Urgences relatives, on m’installe à nouveau sur un lit de campagne et on me prend la tension, action qui n’avait pas été faite avant ! Maintenant, il va être temps de passer à ma deuxième mission… autrement dit m’arranger pour transpercer mon pauvre poumon.

Trois ou quatre minutes après être revenu, je me relève brutalement pour demander qu’on prévienne ma femme et ma fille qui ne doivent pas être au courant que je suis là et en vie ! Et là… paf  le poumon ^^ Je pousse un cri et simule une respiration très courte et très difficile tout en me plaignant que je n’arrive plus à respirer. Tout de suite, un médecin et des soignants (j’avoue que je ne sais plus trop qui était autour de moi tellement j’étais dans mon rôle) s’affairent. Oxygène, et je ne sais plus quoi et on m’envoie tout de suite vers les Urgences absolues où je devrais être pris en charge pour me garder en vie.

Exercice terminé pour moi… oui je sais c’est brutale comme fin, mais c’est comme ça !

Entre mon entrée en jeu et ma sortie, trois quarts d’heure se sont écoulés. Trois quarts d’heure pendant lesquels je me suis vraiment mis dans un état plus ou moins de choc et où j’ai conservé une respiration saccadée et rapide. Résultats, lorsque je me suis redressé sur mon brancard à la fin, la tête me tournait… l’hyperventilation en était la cause.

Ceci dit, avant d’attaquer mon rôle, j’appréhendais fortement la façon dont j’allais le gérer par rapport à tout ce personnel qui allait me prendre en charge et que je connaissais. Je m’attendais à ce que ces soignants rigolent et prennent la chose à la légère on va dire, au niveau du relationnel, et c’est vrai que de leur côté, ils faisaient bien ce qu’ils avaient à faire, mais on voyait bien qu’ils restaient quand même « relax » dans leurs gestes et leurs paroles, ce qui se comprend très bien d’ailleurs. Mais du coup, j’avoue que je me suis vraiment  impressionné et que contrairement à ce que je redoutais, j’ai réussi à tenir mon rôle et faire abstraction totale du reste, malgré quelques sourires des intervenants. Le théâtre sans aucun doute m’a été d’une grande utilité  et m’a permis de réussir cette expérience. En effet, grâce à toutes ces années de théâtre classique, la concentration et la technique de » voir l’autre sans le voir », m’ont beaucoup aidées, tout comme les quelques semaines de théâtre moderne avec ses exercices d’improvisation et le travail sur l’émotion.

Pour terminer, je vous dirai que je n’ai vu aucune des cinq caméras qui ont filmées diverses parties de ce Plan Blanc, non pas qu’elles n’étaient pas présentes là où j’étais, mais tout simplement du fait que j’étais dans mon rôle et que je n’ai pas vu ce qui se passait autour de moi. Tout ça pour vous dire aussi que je ne diffuserai pas le reportage interne de ce Plan Blanc pour des raisons évidentes de droit à l’image de tous les gens pouvant apparaitre.

You may also like...

4 Responses

  1. Luc83 dit :

    Ceci dit, tu pourrais mettre en ligne, juste le passage qui te concerne. En tout cas, moi je t’ai trouvé super dans ton rôle (comme toujours). A+

  2. scorpius dit :

    Ah bah écoute, si c’est possible, je veux bien moi ^^

  3. Luc83 dit :

    Je vais demander l’autorisation à Sandra.

Laisser un commentaire

Animated Social Media Icons by Acurax Responsive Web Designing Company